Voilà une partie de l'interview de Jean-René Bernaudeau dans le magazine "Planète cyclisme" d'avril-mai 2009.
Bon anniversaire Jean-René. 10 ans comme patron d'équipe, quel est votre 1er sentiment?
Cela passe vite, ça me fait drôle. Je n'es rien vu passer. J'en ai pris conscience, je me suis posé pour me demander quels axes développer et comment apporter mon expérience pour assurer le développement et la pérennité. C'est se dire "on a vieilli, il faut préparer l'avenir".
Préparer l'avenir, cela veut dire réfléchir au momoent où vous ne serez plus là?
10 ans, j'ai eu peur. Une centaine de jeunes avec le sport-études, le Vendée U et les pros sont autour de nous. On fait des choses fragiles. Derrière, des famillles vivent, croient en ce projet fabuleux. Je les aime. On est à la tête d'une boîte qu'il faut sécuriser. Si on se plantait une saison, une économie s'arrêterait. Il y'a beaucoup d'affectif.
Contrairement aux ProTeams françaises, vous avez connu 3 sponsors en 10 ans. N'est-ce pas stressant?
Je vis dans la précarité, ça ne me dérange pas. On véhicule l'image d'un sponsor. Pour la durée, le 1er arrête, le 2ème ne peut pas suivre le Pro Tour. On est avec Bouygues Telecom dans une autre dimension. Des partenaires formidables. Les gens de chez Bonjour, on est restés amis. Brioches la Boulangère, une belle histoire. Mon parcours est une chance. J'aurais pu tomber sur un partenaire qui fait 15 ans et ne pas savoir ce qu'est chercher de l'argent. Je me suis enrichi dans le démarchage, le montage de dossiers. On est fier que Bouygues ne représente pas plus de 70% de l'investissement de l'équipe.
Se dire que le sponsor peut s'arrêter demain doit être dur à vivre?
Je suis l'aîné d'une famille de 10 enfants. On est là pour travailler. J'aime ça. La qualité de l'équipe me préoccupe, m'empêche parfois de dormir. Si elle est là, je n'ai pas de soucis. Je suis commerçant, je sais vendre mon projet.
L'évolution du cyclisme des années 2000 vous satisfait-elle?
Pas du tout. On a un sport fabuleux, qui fait des audiences comme personne, est malmené, ecrasé scandale après scandale et a toujours les pieds par terre, la tête hors de l'eau. Un sport fort, mais un bon produit que l'on arrive pas à développer. Il n'y a pas l'unité des équipes. Il faut que nous soyons unies, reconnues comme des interlocuteurs de poids qui font le cyclisme comme les organisateurs, l'UCI. On doit être assis à la table pour participer au développement et non continuer à être malmenés sans faire la police chez nous. On vis à l'internationl avec des rêgles non applicables. Il faut se servir de nos outils pour pénaliser les équipes qui ne les respectent pas. Une ne doit pas pénaliser l'ensemble. Être juridiquement blindé, performant, professionnel.
En 10 ans, avez-vous fait tout ce que vous vouliez?
Oui, car j'ai fait un sport pyramidal. Notre département, la Vendée, vit bien le vélo. Il y'a une minimes et une cadets tous les week-end dans le département, si ce n'est deux. Je ne me suis pas coupé de la masse. On rencontre tous les ans les écoles de cyclisme au siège, le président du comité départemental tous les mois et je sais ce qu'est un bénévole qui gère une course de gamins et se fait insulter quand un pro fait le con au Tour. La première sanction vient du regard de mon voisin organisateur, qui ne voudra plus que je lui serre la main. Certains ont oublié la pyramide. Si un manageur du ProTour ne pense pas à tout cela, on ira droit dans le mur.
Avez-vous des regrets?
Non. Je suis fier d'être vendéen, proche des gens qui m'ont soutenu gamin et sont fiers des Bouygues. Quand je vois le défilé des jeunes au siège, cela me fait envie. On est allé chez les pros avec une image loin d'être parfaite et on est resté Vendéens, une équipe abordable qui fait du bien. Je sais où vont les pneus usés du service course. Tout ça, c'est grâce à ces gens qui m'ont vu grandir et m'ont dit parfois " fais gaffe, t'es en train de changer".
Vous n'avez jamais vendu votre âme au diable...
Il ne me reste plus qu'une chose pour réussi ma vie: quand j'arrêterai, que l'on dise que j'ai été un bon dirigent. J'aurai tout gagné. Moi, personne ne peut m'acheter dans le vélo.
Armstrong et des suspendus de longue date reviennent. Est-ce crédible?
C'est différent. Dans un magazine pour les entreprises en mars, en double page inférieure, on trouvait Armstrong, Hamilton, Mancebo, Landis en photos: "Beau plateau cycliste en devenir!" On y parlait des retours, comme celui de Basso, de Rock Racing. "Un véritable message d'espoir pour le monde cycliste, coup de pouce pour l'Amgen Tour of California". C'est gravissime. Ils ne sont pas vélo, ok. Mais le vélo, voilà ce qu'on en dit parfois. On passe pour quoi? Je préfère Cavendish, Kreuziger. Mon projet d'unité des équipes et de reconnaissance, c'est ça. On doit être en partenariat avec les oprganisateurs, c'est ça. En 2004, personne ne mettait un euro sur Voeckler. Cette histoire, c'est ça ma raison d'être. Cela doit l'être pour tous. Je ne veux pas acheter un projet mûr, je préfère planter la graine. Ces retours sont différents. Baso à avoué, payé cher, comme Ulrich. Aucune raison de ne pas lui redonner leur chance. Je ne l'aurai pas pris, mais je ne critique pas Liquigas. Landis, lui, a perdu ses derniers sous dans sa procédure...
Et Armstrong?
C'est différent. Lui, c'est une autre planète, une dimension mondiale, les caméras sont braquées sur notre sport grâce à lui. Il y'a des points positifs, à lui de gagner les courses qu'il dispute pour bénéficier de la couverture médiatique.
L'équipe fait un bon début de saison (6 victoires avant San Remo). Pourquoi?
Voeckler et Fédrigo ont 29-30 ans, les bonnes années arrivent. On a fait un recrutement exceptionnel. Trofimov, arrivé en 2008, donne un font de jeu à l'équipe. Il y'a Gauthier, Rolland. L'équipe à de l'épaisseur, de la confiance. Une alchimie se crée. Didier Rous attaque sa 2ème saisin comme DS. Si l'année est exceptonnelle, il y sera pour quelques chose.
Une alchimie qui n'existait pas les années précédentes?
On est des obsédés du collectif. La marque de fabrique de l'équipe avec ses avantages, ses inconvénients. Quand il y'a un collectif pas bon et des individualités correctes, on ne fait pas de résultats. Il faut la réussite. On a fait un bon début de saison 2008 et un mauvais Tour, qui a ternis le bilan. Le fond de jeu est là. Cette année, ont est constant avec aussi Marion Clignet, qui mesure les courbes pour maîtriser les pics de forme, toute l'année, chez certains. Je suis persuadé que c'est la structure qui fera la qualité de l'équipe.
Votre Tour 2008 fait que vus êtes sorti frustré de la saison dernière?
Oui. Le Tour, ce sont 80% des retombées de l'année. On peut y gagner au loto tous les jours. C'est comme ça.
Cette année, votre recrutement a marqué une rupture avec le départ de cadres et l'arrivée de jeunes. Pourquoi?
Pineau aurait pu rester à des conditions financières différentes. J'attendais qu'il fasse un bon Tour. Ce ne fut pas le cas et il est parti. Pas grave. Il y'a des résultats qui coûtent chers et moi, j'ai une entreprise à développer. C'était le bon moment pour certains de changer d'air. On les a presque aidé. Pineau marche bien, Chavanel aussi. Je n'oublierai jamais qu'ils viennent du Vendée U en Juniors. Mais on est pas marié. Bonnetet Chainel apportent quelque chose. Su Jérôme trouve son équilibre, tant mieux.
Avec Rolland et Gauthier, vous détenez deux joyaux du cyclisme de demain.
J'ai fait mon boulot en les recrutant. J'ai laissé faire la nature. Quand j'ai parlé proposition, programme, ils m'ont choisi. Pierre m'a dit assez vite "je veux venir". J'étais fier. Il sais qu'il a une équipe qui peut lui permettre beaucoup de choses. Comme Cyril. Je n'ai pas triché pour les recruté. Je ne suis pas allé au delà du raisonnable. Je sais qu'ils avaient des propositions bien meilleures, même en France.
Si demain, cela va mal, pourriez-vous arrêter?
Oui, si je n'es pas de réponses, des doutes sur mon efficacité, mon sport et que cela met en péril l'entreprise, je dirai "là, il faut s'arrêter". Mais si mon sport va bien et que nous on est pas bons...il faudra être bons.
Quel serait votre coureur idéal?
Le talent de Chavanel, le mental et la science de Voeckler. Là, on a le vainqueur du Tour. On a connu Hinault et Fignon, ils avaient les 2. Il faut brasser pour trouver la perle rare.
Et celui que vous ne prendriez jamais?
Le mal élevé, qui n'a pas d'humilité, incapable de dire merci à son mécanicier. Si je devais avoir ça demain, je me dirai "putin, t'a vieilli. Faut que t'arrêtes". Ca, c'est voler quelque chose à l'équipe.
Y'a t'il un coureur que vous regrettez d'avoir recruté? Beloki?
Cela n'a rien à voir. Avec Andy Flickinger, je n'ai pas pu trouver les réglages. Beloki a été négocié avec le sponsor. Je ne sais pas si j'aurais pu aller aussi loin. On l'a pris après son accident, 3 podiums du Tour. Il n'y avait que lui à côté. Le sponsor était ambitieux, les négociations faites par le sponsor avec un type qui travaillait en Espagne, s'est impliqué.
Et un coureur que vous auriez aimé prendre?
En 95-96, Cyril Sabatier, pro une saison et forcé d'arrêté après quelque chose d'épouvantable. On aurait pu l'aider. Le meilleur rouleur de sa génération. Mais je n'es pas envie de ceux de la hiérarchie, j'aurai l'impression de chercher les dividendes du travail du collègue. La rumeur Boonen? Un partenaire avait envies de développement. Ca ne me fait pas envie. Je ne veux pas chercher un top 10.
Et celui dont vous rêvez?
Un seul, en qui j'avais une grande confiance, Thor Ushovd. Si j'avais les moyens, je lui aurait fait une proposition. Je sais que ce coureur m conviendrait.
Quel compliment vous ferait le plus plaisir?
Je suis un peu écorché vif, en bagarre continuelle avec la fédé. Mon équipe ne va jamais en équipe de France Amateur depuis 8 ans. Cela viendrait des instances me disant "Tu as quand même fais du bien à ton sport dans ta région. Ce n'es pas ben que l'on t'es mis des bâtons dans les roues à cause d'une marque de pédales."
Un mot sur David Lappartient à la FFC, plus jeune président à 35 ans?
Je le vois à travers la Vendée avec des résultats exceptionnels. J'aimerais qu'il m'appelle pour me dire 'c'est bien ce que tu as fais. Il faut que l'on travaille ensemble" plutôt que de me boycotter à cause... C'est inacceptable que notre sport-études n'ai aucun coureur en équipe de France depuis Voeckler. Ce n'est pas Jean Pitallier que j'en veux le plus. C'est injuste, de la souffrance pour rien.